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Lions : une espèce en voie de disparition…

J’ai eu la chance de voir évoluer en liberté de nombreux lions, au Kenya et en Tanzanie surtout,

mais aujourd’hui, cet animal fascinant est en voie de disparition…

L’Afrique aura perdu la moitié de ses lions d’ici 2035 si rien ne change.

Chasse, recul de la savane, raréfaction des proies et conflits

avec les communautés locales sont les moteurs principaux de ce déclin.

La moitié des lions d’Afrique

auront disparu dans 20 ans

Autrefois présent sur tout le continent africain, le lion a perdu en 50 ans

85% de son territoireet 80% de sa population.

The Brave_lion_gregory_herpe  the usurper  The Crown Prince

23 000 lions à l’état sauvage : un déclin de 80% depuis 50 ans

Alors que 500 000 lions parcouraient l’Afrique il y a un siècle, ils n’étaient déjà plus que 200 000 il y a 50 ans. En 2012, une étude annonçait 32 000 à 35 000 individus. D’autres estimations parlent de 23 000 individus seulement, soit une chute de 80% de la population. Il ne resterait à ce jour que 60 populations de lions sur le continent, dont la moitié compte moins de 50 animaux.

Seuls sept pays africains – Afrique du Sud, Botswana, Ethiopie, Kenya, Tanzanie, Zambie et Zimbabwe – abritent encore une population supérieure à 1 000 lions, tandis que l’espèce s’est éteinte complètement dans 26 pays. La Tanzanie, où vivent 40% des 23 000 lions africains, apparaît comme une terre d’asile.

Les ONG s’alarment particulièrement devant le déclin des lions d’Afrique de l’ouest, qui ne comptent que pour 1% des lions du continent. Seules deux grandes populations de lions survivent encore dans cette région, dans des réserves naturelles. On dénombre ainsi 350 adultes dans le complexe WAP (W-Arly-Pendjari) à la frontière du Bénin, du Niger et du Burkina Faso, et 250 autres individus dans la réserve camerounaise de la Bénoué.

Seulement 10 000 lions à l’état sauvage en 2035

On s’attend à ce que la population des lions d’Afrique diminue encore de moitié au cours des vingt prochaines années. Ils ne seront alors plus qu’une dizaine de milliers. Si rien n’est fait pour renverser la tendance, l’espèce pourrait tout simplement s’éteindre d’ici 2050.

En Afrique de l’Ouest, l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) a inscrit le « roi des animaux » sur sa liste rouge des espèces « en danger critique d’extinction ». En Afrique centrale et orientale, il est considéré comme une espèce vulnérable.

Or, au sommet de la chaîne alimentaire en tant que super-prédateur, le lion joue un rôle primordial pour maintenir l’équilibre de l’écosystème africain. Par sa présence sur une terre de chasse, il régule la population d’autres carnivores, tels les hyènes et les chacals, et de ses proies (éléphants, buffles, zèbres, etc.) dont il force les migrations.

En particulier, l’extinction imminente des fauves d’Afrique de l’Ouest constitue une perte tragique pour la diversité génétique de l’espèce, car le patrimoine de cette lignée est très différent de celui des lions d’Afrique de l’Est.

Trophées de chasse et médecine traditionnelle : le marché grandissant des carcasses de félins

Chaque année, 600 lions meurent sous les balles des chasseurs occidentaux, majoritairement américains. Les safaris de chasse connaissent un succès grandissant. Considérée comme un loisir ou un sport, la chasse compromet de plus en plus la survie du lion d’Afrique, d’autant plus que les cibles les plus prisées sont les mâles dominants, plus forts et en meilleure santé.

Or, la disparition brutale d’un mâle dominant bouleverse la hiérarchie d’une troupe de lions et peut mettre en péril sa survie. S’ensuivent, effectivement, des luttes pour la domination entre les lions restants et le massacre des lionceaux du mâle dominant précédent, qui peuvent affaiblir l’autorité du nouveau mâle dominant.

Le braconnage des lions, que ce soit par des touristes occidentaux ou des braconniers locaux, nourrit le commerce florissant de viande et de trophées de chasse : organes, tapis en peau de lion, griffes et crânes ont du succès sur le marché noir.

Ce marché grossit aux Etats-Unis. Entre 1999 et 2008, les dépouilles de 60% des lions tués en Afrique ont été importées par les Etats-Unis. Mais il existe aussi en Afrique, et en moindre proportion en Asie, où des parties du lion, telles la peau ou les os, sont réputées pour leurs prétendues propriétés médicinales.

Les os des grands félins, broyés pour être réduits en poudre, entrent dans la composition de remèdes ou breuvages traditionnels variés : philtres d’amour, ou encore « vin de tigre ». Ce vin, préparé à partir d’os de tigre macérés dans de l’alcool de riz, est un produit phare de la médecine traditionnelle chinoise.

Les os de tigre, particulièrement recherchés par la médecine chinoise, pour faire ce vin, sont cependant devenus trop rares. La population de tigres sauvages a connu un déclin tragique : en 50 ans, les tigres sont passés de 50 000 à 3 000 individus à peine.

Le recul et la fragmentation de la savane

Les activités humaines (urbanisation, agriculture et élevage, installation humaine en Afrique subsaharienne) ont entraîné la déforestation massive de la savane, l’habitat naturel du lion. Le fauve n’occupe plus que 15% de son territoire historique, qui a aussi été fragmenté : les lions se retrouvent isolés sur de petits territoires éparpillés sur le continent africain.

L’urbanisation n’épargne pas les zones protégées. On annonçait récemment la construction d’une autoroute à travers le parc national du Serengeti en Tanzanie. Ce projet, très controversé, a par chance été suspendu en 2014 par la Cour de justice d’Afrique de l’Est.

La valeur économique des félins : entre curiosité touristique et trophée de chasse

Les réserves naturelles protègent les grands félins dans une certaine mesure. Mais les gouvernements locaux se trouvent dans une impasse : les parcs couvrent des territoires restreints. Parfois les rangers sont obligés de recourir à des mesures drastiques pour ne pas dépasser la capacité des parcs, comme la contraception ou l’euthanasie. Ce qui est un peu contradictoire au regard de l’état inquiétant des espèces.

Malheureusement, le confinement des animaux dans des parcs naturels les rend aussi plus vulnérables au braconnage. Ainsi, 77% des guépards vivent dans des réserves protégées, ce qui en ferait des victimes plus faciles pour les braconniers.

Par ailleurs, les gouvernements locaux tirent parti de la chasse organisée. Cette pratique procure des financements pour l’entretien des parcs nationaux. On justifie aussi les safaris de chasse, encadrés de manière responsable, parce qu’ils permettraient de réguler la population des fauves, afin qu’elle ne dépasse pas la capacité des parcs.

Une autre ambiguïté des parcs nationaux se situe dans le tourisme. Dans les pays d’Afrique centrale et de l’Est, la protection des lions est valorisée par l’activité touristique. Les grands félins sont effectivement une attraction très prisée. Les parcs naturels dans ces régions sont connus dans le monde entier et débordent de visiteurs.

Dans les régions d’Afrique de l’Ouest, au contraire, on peine à attirer les touristes. En conséquence, les parcs naturels protègent les félins sans tirer de bénéfices financiers. Ce qui n’encourage pas la protection du félin.

Enfin, il faut encore parler des conflits avec les populations locales : urbanisation et agriculture réduisent la surface des zones protégées. Par ailleurs, les réserves naturelles situées à proximité des villes posent des problèmes de sécurité et alimentent les conflits. Cette année, en Afrique du Sud, des lions se sont échappés à plusieurs reprises du parc national Kruger et se sont aventurés près des habitations…

Il est temps d’agir…


source:Floriane Boyer & EVI Association (Wildlife & Environmental Protection)