Vivre en Séropositif

juillet 31, 2014 by Gregory Herpe

Vivre en Séropositif

© photo JPL Productions

Présentation du documentaire

Il y a trente ans, toute personne atteinte par le VIH se pensait condamnée. Aujourd’hui, de maladie mortelle, le sida s’est mué en maladie chronique et beaucoup de séropositifs ont retrouvé une existence quasi normale. Entre espoir et désespoir, ils ont surmonté le « verdict de séropositivité ».

Plus de trente ans après le déclenchement de l’épidémie, Maneval dresse un état des lieux qui témoigne du moment charnière que l’évolution de la maladie connaît actuellement. Il est en effet possible d’entrevoir la fin de cette épidémie, à condition que la prévention reste la priorité. De Paris à Berlin, où la parole est la plus libérée, en passant par Pointe-à-Pitre, dont la situation renvoie au début des années sida, l’auteur s’entretient avec des séropositifs qui ont une attitude responsable vis-à-vis du virus et se battent pour informer ; il va à la rencontre d’associations et de bénévoles anonymes qui luttent contre la discrimination ; il interroge des professionnels de la santé qui témoignent des avancées significatives dans la lutte contre la maladie. Un kaléidoscope qui oscille entre optimisme et vigilance. Car, si les progrès médicaux et la prévention permettent un certain optimisme, le sida continue de tuer.
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Vivre en positif
Documentaire écrit par Alain Maneval et Jérôme Lefdup
Réalisation : Jérôme Lefdup (France, 2012, 1h)
Coproduction : ARTE France, JPL Productions

 

Cet excellent documentaire est en vente au prix de 15€ chez Jpl Prod (2 place Dumas de Loire, 69009 Lyon, frais de port inclus, chèque à l’ordre de :maneval

 

Dans un film au ton résolument optimiste, Maneval donne la parole aux malades, aux bénévoles et aux chercheurs engagés dans la lutte contre le sida. Séropositif lui-même, il n’hésite pas à se donner en exemple. Entretien.

Alain Maneval

  • Vous êtes très présent dans votre documentaire, au point de filmer l’une de vos consultations à l’hôpital. Pourquoi ?
    Maneval : C’est ARTE qui m’a demandé de faire un film à la première personne. Je suis ce que l’on appelle un longtime survivor : séropositif depuis vingt-cinq ans, j’ai en effet vécu toutes les angoisses, toutes les douleurs, tous les découragements, mais aussi toutes les évolutions, tous les progrès, tous les espoirs liés à cette épidémie. J’ai été suivi et soigné par des médecins qui m’ont convaincu que le sida n’était pas une fatalité, que l’on pouvait entrer en résistance contre cet envahisseur, et qu’avec un minimum de bon sens, de rigueur et de force, il était possible de gagner une guerre qui, il y a encore quelques années, semblait perdue d’avance. Avec ce film – le troisième sur ce sujet que je réalise pour ARTE –, je souhaite rendre hommage aux scientifiques qui ont fait du sida leur cheval de bataille mais aussi aux associations et aux bénévoles anonymes qui, par leur engagement, participent à la lutte contre la maladie.
  • Quel message voulez-vous faire passer aujourd’hui ?
    Un chiffre est très important à retenir : en trente ans de sida, il y a eu 30 millions de morts. Il ne faut pas minimiser l’urgence de la situation. Le message que je veux faire passer avec ce film, c’est celui-là : faites- vous dépister et protégez-vous ! C ’est un combat permanent. Il ne faut pas lâcher l’affaire. Aujourd’hui, le sida n’est plus du tout une problématique homosexuelle – n’oublions pas que dans les années 1980, on appelait ça le « cancer gay » ! –, car la maladie touche tout le monde, aussi bien les hétéros que les ados et les seniors. Je le constate au sein d’une association, Les Petits Bonheurs, qui travaille sur le terrain et s’occupe de personnes très âgées, de gens qui ont été rejetés par leurs amis ou par leur famille…
  • Pour quelles raisons avez-vous tenu à filmer en Guadeloupe ?
    Parce que c’est le deuxième département français le plus touché par le sida, après la Guyane. C’est une catastrophe. Mais à Pointe-à-Pitre s’est ouvert un service hospitalier qui pratique la procréation médicale assistée afin qu’un séropositif puisse avoir un bébé avec un séronégatif. Avant, seuls les riches pouvaient venir faire ça en métropole ; maintenant, il est possible d’avoir recours à cette technique sur place, ce qui est extrêmement important. Car la Guadeloupe est encore un pays de tabous : il est très difficile de parler du sida ou de l’homosexualité.
  • Il y a des évolutions bénéfiques mais le fléau est loin d’être éradiqué…
    Le sida a foutu ma vie en l’air pendant quinze ans. On m’avait annoncé que je ne passerai pas l’an 2000. Du coup, tu te prépares à mourir… Il a fallu franchir ce cap. Le problème des « séropos » à long terme comme moi, c’est de faire le deuil de son deuil de la vie, de réapprendre à vivre et à aimer. Ce n’est pas facile ! Et ce n’est que depuis l’arrivée de la trithérapie (une association efficace de trois médicaments) que l’on peut à nouveau envisager l’avenir.

Propos recueillis par Olivier Apprill

Alain Maneval
Né à Saint-Étienne en 1953, Alain Maneval a suivi, adolescent, les ateliers de la Comédie de Saint-Étienne. Sa rencontre avec Jean Dasté a été capitale. Il quitte très tôt sa ville natale pour faire du théâtre à Paris. Très rapidement il est amené à s’occuper de relations publiques dans le monde de la musique : Pink  Floyd, Téléphone, Lou Reed, Iggy Pop, Higelin… avant de devenir l’animateur vedette d’Europe 1 (Pogo,  Bon esprit), La Une (Mégahertz), TV6 (Tam-Tam), France 3 (Mégafun). À cette période, il réalise deux documentaires de 26 minutes : Correspondances de Madras pour Channel 4 UK et Voyou in Berlin pour la télévision suisse.  De 1989 à 1992, il dirige les programmes de TV 2M International au Maroc, puis, de 1993 à 1995, ceux d’ARTE. Il travaille ensuite pour Canal+, France 5, la chaîne Histoire, France Inter, etc. Partout il s’attache à faire se rencontrer musiciens, comédiens, danseurs. Durant l’été 2009, il a notamment animé l’émission hebdomadaire Bon Esprit sur France Inter. En 2010, il a été l’initiateur du documentaire Jean Dasté, où êtes-vous ?, ainsi que de la Thema Good bye sida ? diffusée sur ARTE. Par ailleurs, il a réalisé un documentaire sur la téléportation, thème de la septième Biennale du Design de Saint-Étienne. Depuis vingt ans, Alain Maneval est engagé dans la lutte contre le sida, plus particulièrement au Maroc, où il est depuis 1989 président d’honneur de l’ALCS (Association de la lutte contre le sida) et où il a organisé les concerts « Do ré mi fa sol la sida » et lancé les premières campagnes de dépistage anonymes. En France, il est parrain de l’association Les petits bonheurs, qui aide des personnes séropositives ou malades du sida. Depuis deux ans il produit des documentaires et des captations de spectacles avec JPL Productions. En 2010, il est nommé Chevalier dans l’ordre des Arts et des Lettres.

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